jeudi, 26 juin 2008

Des petites nouvelles

DSCI0130.JPGTrois mois après les élections municipales de notre belle ville, je voudrais de nouveau rassurer certains de mes amis de gauches qui pensent qu'après mon positionnement, je traverse le désert du sahara ou me pense rentré dans une longue et interminable dépression. Même si cela est toujours touchant de recevoir un appel ou un petit mot réconfortant, cela ne sert pas à grand chose car je n'ai jamais été aussi bien dans mes baskets : d'un militant endoctriné je suis maintenant un militant libre et déterminé. Un grand merci à tous ceux qui ont participé à ce réveil même sans le vouloir...sincèrement Merci..

Je retiendrais tout de même une chose de cette campagne électorale:

La langue qui fourche fait plus de mal que le pied qui trébuche (proverbe africain)

 djamel KERICHE

dimanche, 17 juin 2007

Contre les citoyens de deuxième catégorie

Ce texte était paru pour l'association AIJIIR, association pour l'intégration des jeunes issus de l'immigration dans la République, au moment des émeutes de banlieues. Depuis, hélas, l'intégration des "deuxièmes générations" et la stigmatisation dont ils font l'objet n'a pas changé, au contraire.

Contre les citoyens de deuxième catégorie
Par Djamel Keriche, président d’AIJIIR.
« Ah, vous vous exprimez bien, sans accent. Ça fait longtemps que vous vivez en France ? » demande un médecin à une étudiante de 22 ans, Française, née et habitante en France. Mais voilà, Fatima est noire. Et le racisme ordinaire et les préjugés ne sont pas toujours de mauvaise foi. Du fait des habitudes mais également par manque chronique de volonté politique et de fraternité on a laissé s’enfoncer les immigrés dans une deuxième catégorie. En France, parmi nos mythes fondateurs, il y a celui de l’égalité républicaine devant la loi « sans distinction d’origine, de race ou de religion » comme l’indique l’article premier de la Constitution. Toutefois la mise en place de la parité homme-femme respecta ce principe : il s’agit d’une inégalité temporaire destiné à rétablir l’équilibre.
Notre modèle républicain et social est basé sur la méritocratie. Pour que celui-ci se réalise, que seul le mérite individuel distingue les citoyens, il faut qu’au préalable tous soient sur la même ligne de départ. Or, cette égalité des chances n’est que théorique ; il faut apporter des corrections à la société pour rétablir l’égalité. Or, si l’égalité (les mêmes droits et devoirs pour tous) est un but, l’équité (permettre à tous de disposer d’autant, corriger les inégalités) est un moyen : les discriminations positives, quand elles sont provisoires sont un moyen privilégié pour retrouver l’égalité. Aujourd’hui, la quantité et la diversité des discriminations et les ressentiments entretenus font qu’il est trop tard pour se contenter de solutions homéopathiques. A trente ans d’incurie et d’échecs, il n’y a pas de remèdes miracles, mais des solutions. L’une d’elles, au côté de la lutte contre le racisme, de l’éducation à la fraternité, de la politique du logement, est le rééquilibrage républicain : compenser la discrimination par un coup de pouce de la société.
D’abord la mise en place du rééquilibrage républicain aura un impact positif pour l’image de la jeunesse des banlieues, qui sera pour une fois ni décriée ni écartée mais mise en avant en exemplarité. Ensuite, ce procédé temporaire permettra de relancer l’ascenseur social, de tenter de sortir d’une manière apaisée du problème, et par le haut. Enfin, ce rééquilibrage républicain aura une forte portée intégrante, en accélérant l’intégration des jeunes discriminés à la société française par le monde du travail. L’intégration économique est la plus viable, la plus pérenne et efficace.
Alors on rétorque qu’il y a risque de stigmatisation. Mais ce système n’est qu’un accélérateur pour retrouver l’égalité, et pas une redistribution des emplois en France par quotas ou couleur. Il faudra que ce système soit régulé pour éviter tout dépassement : on peut imaginer des filtres : origine extra-communautaire des parents, lieu d’habitation, et accord de la personne… Ce système doit ne doit avoir qu’une durée dans le temps. Un tel faisceau de conditions permet de respecter notre tradition d’égalité républicaine et de rééquilibrer.
Souvent, ce sont les défauts et déviances du système américain d’affirmative action qui sont mis en avant. Il ne faut pas oublier qu’aujourd’hui se sont les excès d’un système qui perdure dans le temps qui créent de nouveaux problèmes. Et qu’aux USA une génération métissée est aujourd’hui aux différents postes de responsabilités. Le rééquilibrage républicain tel que nous le proposons n’a qu’une vocation temporaire et curative. Il s’agit de rééquilibrer, de mettre en avant, pas d’imposer des quotas définitifs et permanents par race.
Aujourd’hui, vingt ans après la marche des beurs, il faut rétablir l’équilibre entre citoyens. Le rééquilibrage républicain en est un moyen. En le mettant vite en place, les effets seront rapidement perceptibles. Car chaque jour qui passe aggrave les inégalités.